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Etre et son expression en Musique
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Être et son expression en Musique Présentation de l'ouvrage (« Être et son expression en Musique » est vendu au format pdf, A4, 145 pages dans la Librairie Musicale)
Extrait n° 2
La
modalité d'être telle qu'elle est
exprimée dans
la mélodie Les formes musicales d'expression rythmique, comme nous le montrerons dans la prochaine partie, ont évolué vers les formes d'expression mélodique. La mélodie est née de l'accentuation plus ou moins prononcée des sons d'un rythme. L’accent
mélodique : Il est utile de parler ici de l'accentuation d'une phrase dans le langage parlé. Toute langue fait entendre des accents toniques dans son élocution. En français, cet accent est placé sur la dernière syllabe, ou sur l'avant dernière si la dernière est muette. Cet accent ponctue le discours et est nécessaire à la bonne compréhension de la langue.
Toutefois,
il est un autre type d'accent, dit « accent
expressif »,
qui permet de faire ressentir des émotions, ou de mettre en
avant un mot pour lui donner plus d'importance, ce qui modifie bien
sûr le sens de la phrase. Par exemple, une phrase anodine
comme
« Je vais chez un ami » prendra
un tout autre
sens si l'on marque par un accent le mot
« vais »
: - on insiste alors sur l'action d'y aller - ou bien sur le mot
« Je » -on insiste alors sur la
personne qui
conduit l'action. Une mélodie est de la même façon traversée par un courant d'accentuation qui va du grave vers l'aigu, puis de l'aigu au grave. La première période peut être associée à l'idée de mouvement, la seconde à celle de repos. En effet, l’émotion est exprimée avec d’autant plus de force que l’accent mélodique est aigu, et ce dans la langue orale comme dans la musique. La phase ascendante est le moment ou l’intensité de l’expression s’accroît, d’où son association avec le mouvement. La seconde période est la conclusion de cette action, le retour à un état de repos1. La première phase est parfois suggérée, et la mélodie attaque directement alors le sommet expressif. Ce procédé est d’une grande puissance suggestive. Organisation
de la phrase mélodique : Une mélodie n’est que rarement parcourue par un seul courant d’accentuation. Le plus généralement, une mélodie est composée de périodes, elles-mêmes décomposables en cellules musicales.
La grandeur de l’ambitus de la mélodie, c'est-à-dire l’écart entre les notes les plus graves et la plus aiguë de celle-ci, marque la force de l’accent mélodique. Plus cet ambitus est important, plus l’accent expressif est puissant. Voilà pourquoi de grands accents mélodiques peuvent être associés à une idée de force, soit selon les autres éléments musicaux à une force expression de puissance, soit à une grande intensité dramatique. Par exemple, les premières mesures du « Scherzo » de la « 5° Symphonie » de Beethoven marquent une grande force grâce à trois sauts d’octave. Ou bien « La mort d’Yseult » de Wagner marque dans son final une grande intensité dramatique grâce à la force de ses accents mélodiques.
Disposition
de l’accent mélodique dans la phrase : Selon la disposition de l’accent mélodique dans la phrase, l’effet expressif diffère notablement. Si l’accent mélodique est au début de la phrase, toute l’intention expressive est donnée au premier abord, et la mélodie est la conséquence de cette action. L’effet sera celui d’une contemplation (on contemple cette souffrance ou cette joie), comme peut le faire ressentir la première mélodie de la « Sonate Pastorale » de Beethoven. Ou bien, si le caractère rythmique est celui de l’agitation, l’effet sera péremptoire, comme si on intimait un ordre.
Si l’accent est au centre de la phrase, l’effet est celui de la souveraineté de l’accent sur la phrase qu’il ordonne et sur laquelle il rayonne.
Les règles d’expression du climax sont les mêmes que celles de l’accent dans la phrase, mais rapportées à la forme. Par exemple, le « Prélude de Tristan et Yseult » de Wagner a un fort effet dramatique car le climax est à la fin du morceau, il est de plus extrêmement aigu, joué fortissimo. L’effet est d’autant plus dramatique que la phase de résolution est à peine esquissée, pour ne pas dire absente : elle sera du même coup l’opéra tout entier. On peut imaginer des œuvres dans lesquelles le climax serait entendu au début. L’effet serait celui d’une grande contemplation, mais la difficulté sera de maintenir l’attention de l’auditeur jusqu’à la fin du mouvement. Le « Tabula Rasa » d’Arvo Pärt est un exemple de ce genre de forme : une note très aiguë et très forte est entendue au violon solo. Puis toute la pièce joue pianissimo des mélodies itératives.
1La bonne maîtrise de la théorie du courant d'accentuation mélodique permet souvent de faire chanter juste une personne qui s'en révélait jusque là incapable. Bien souvent, ces personnes ne comprennent pas qu'il leur faut extérioriser leurs émotions pour chanter juste, et ânonnent leur texte d'une façon monocorde. En les faisant dire l'accent à réaliser, d'une façon exagérément exclamative, comme le ferait un acteur jouant un grand excité, puis en le leur faisant ensuite chanter, on parvient souvent à faire chanter juste ces personnes. C'est la méthode qui s'est de toutes révélée la plus efficace car permettant à l'élève une prise de conscience juste de ce qu'est fondamentalement une mélodie. Extrait précédent - Sommaire - Extrait suivant
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